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En Immersion et Appel à l’aide

Article du Républicain Lorrain du 24/03/2020

EN IMMERSION Céline et Pascal Rach : « Docteur sourire »… grimace

Association crée en 2006, à destination des enfants malades, par Céline et Pascal Rach, alors intermittents du spectacle, originaires de Bouzonville, « Docteur Sourire » grimace. De plus en plus sollicités pour intervenir gratuitement dans les hôpitaux ou à domicile, les cinq clowns titulaires (un homme et quatre femmes) sont à bout de souffle.

Exerçant leur « sacerdoce », la plus part du temps en marge de leur activité professionnelle, ces artistes au grand cœur sont aujourd’hui plongés dans l’incertitude de lendemains qui pourraient bien déchanter. Rien à voir avec le Coronavirus, mais en proie à la fragilité financière d’une association en quête de subsides.

Clowns tristes…

Notre budget annuel atteint les
85 000 euros, explique méthodiquement Laëtitia Zanotti, infirmière à Thionville, chargée de la communication de la structure. « Nous avons effectué, l’année dernière, 192 interventions, principalement à Forbach, à Saint Avold, à Mercy et à Bel Air. Visité, 3096 enfants hospitalisés, soit 1000 de plus que l’année précédente. Nous devons nous auto-suffire, ne recevant aucune rémunération des établissements qui nous accueillent. Tout est gratuit, y compris les prestations au domicile des petits malades ».

Situation précaire qui risque de conduire « Docteur Sourire » à réduire fortement la voilure afin de maintenir l’association à flots . « L’argent que nous collectons est intégralement réinjecté dans le dédommagement de nos intervenants et dans la formation de ces aidants qui ont su conquérir la confiance du personnel soignant, en apportant quelques heures de réconfort à des enfants cloués sur leur lit d’hôpital ». Financé essentiellement par des aides provenant d’associations caritatives ou de clubs service, comme les Lions, les Rotary, la fondation Asalya, Noël de Joie ou la Ligue de lutte contre le cancer, mais également lors d’opérations de collecte menées par les bénévoles, de plus en plus lourdes à gérer, faute de volontaires, « Docteur Sourire », bien que reconnu d’intérêt général, ne bénéficie que de très rares subventions en provenance essentiellement du Département de la Moselle, des villes de Thionville, Forbach, Carling, Terville (mise à disposition d’un bureau) et de Metz, depuis un an, pour cette dernière. « Il faut savoir que nous reversons à l’Etat, 50% de nos rentrées financières, ponctionnées en charges patronales ».

 
Art-thérapie et musicothérapie

Contexte tendu qui inquiète au plus haut point les créateurs de cette entité d’utilité publique. Coup de cœur ou coup de gueule, Céline et Pascal Rach, en passe de devenir des clowns tristes, lancent un vibrant appel : « on va faire subir aux enfants, les effets néfastes d’une insuffisance de soutiens financiers. Injuste et démoralisant ». Pour Céline et Pascal la « clownothérapie », comme l’art thérapie ou la musicothérapie, est désormais reconnue par le monde médical. « A nos débuts, les médecins, lors de leur visite du matin, nous demandaient de quitter la chambre quand ils arrivaient. Aujourd’hui ils nous laissent terminer notre travail. Un vrai signe de reconnaissance». Portés par une énergie de chaque instant ces artistes du
« mieux-être » multiplient les sacrifices en vue de maintenir, en moyenne, une matinée par semaine, dans les différents Centres Hospitaliers de la région qui les accueillent de longues dates. « Depuis que nous sommes constitués, j’ai croisé ainsi le regard de 43 800 enfants, se rappelle avec émotion Pascal ».

 

Appel aux entreprises

Attachés à une véritable déontologie, ces nouveaux acteurs d’une thérapie consentie occupent dès lors une place de choix dans l’environnement de l’enfant. « Nous ne nous substituons pas aux parents ou aux soignants, nous sommes simplement devenus des facilitateurs. Nous jouons surtout la carte du jeu et de l’humour ». Un rôle insoupçonné né d’un constat tangible, il y a plus de vingt ans. « Au terme d’un spectacle donné pour des enfants malades, le docteur Hasselman de Forbach nous contacte, souhaitant nous faire intervenir une fois par mois dans son service, ressentant fortement le bienfait du rire sur des patients aussi fragiles. C’est comme cela que débute l’aventure de Docteur Sourire ». Parcours exemplaire, au service de la Santé et de l’Enfance, freiner désormais par des contingences matérielles de plus en plus difficiles à assumer par l’association « Raison pour laquelle nous lançons un appel en direction des dirigeants de Sociétés privées de des grands groupes qui peuvent, sans nul doute, nous apporter un soutien déterminant pour l’avenir de notre activité». Bénéficiant d’une défiscalisation de 66% de leur investissement débloqué vers les associations reconnues d’intérêt général, les entreprises ont un rôle crucial à jouer pour soutenir la démarche de Docteur Sourire. « Nous ne voulons pas en faire plus, mais simplement maintenir notre rythme actuel dans les meilleures conditions vis à vis des enfants malades ».

Dans le contexte sanitaire alarmant lié au Covid-19, « Docteur Sourire » s’attache simplement à sensibiliser les décideurs sur le travail de fourmis développé depuis deux décennies dans les hôpitaux, afin de soulager le personnel soignant et d’accompagner les enfants malades, parfois en fin de vie. Pour Céline et Pascal le devenir de leur association passe donc par la prise de conscience collective des résultats encourageants de cette thérapie douce…et rassurante.

– Texte : Christian MOREL – Photos : libres de droits –